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Mohamed Abdelkrim El Khattabi: Parcours d'un héros




Né à Ajdir au Maroc, fils d'un qadi du clan Ait Youssef de la tribu Aït Ouriaghel, Mohamed Abdelkrim El Khattabi a été instruit dans des zaouïas traditionnelles et des écoles espagnoles.

Son éducation se poursuit à l'ancienne université de Quaraouiyine à Fès, puis trois ans en Espagne où il étudia les mines et la technologie militaire. Entre 1908 et 1915, il fut journaliste au quotidien de Mellilia "télégrama", où il préconisait la laïcité et la coopération avec les Occidentaux afin de libérer la Oumma de l'ignorance et du sous-développement.

Il entra dans l'administration espagnole, et fut nommé qadi chef de Mellilia en 1915. À cette époque-là, il commença à s'opposer à la domination espagnole, et en 1917 il fut emprisonné pour avoir dit que l'Espagne ne devrait pas s'étendre au-delà des territoires déjà occupés (qui en pratique excluait la plupart des zones incontrôlées du Rif) et exprimant sa sympathie pour la cause allemande pendant la Première Guerre mondiale. Peu après s'être évadé, il revint à Ajdir en 1919 et, avec son frère, il commença à unir les tribus du Rif pour une République du Rif indépendante. Pour cette cause, il essaya d'apaiser les inimitiés entre les tribus existantes.

En 1921, comme une retombée inattendue de leurs efforts pour détruire la puissance de Raisuni, un brigand local, les troupes espagnoles approchent des secteurs inoccupés du Rif. Abd-el-Krim envoie à leur général Manuel Fernández Silvestre un avertissement : s'ils franchissent le fleuve Amekran, il le considérerait comme un acte de guerre. Silvestre aurait ri en prenant connaissance du message. Le général installe un poste militaire sur le fleuve à Abarrán. Le même jour, au milieu de l'après-midi, mille Rifains l'avaient encerclé.

179 militaires espagnols furent tués, obligeant le reste à la retraite. Les jours qui suivent après plusieurs escarmouches sanglantes pour les troupes de Sylvestre, un événement inattendu se produit. En effet, méprisant Abdelkrim, Sylvestre décide de le défier, et avec 3000 hommes, Abdelkerim parvient en deux jours grâce à la ruse à vaincre l'Espagne. Pour l'Espagne, la bataille d'Anoual est un véritable désastre.

Elle y perd près de 16.000 soldats, récupère 24 000 blessés, 150 canons et 25.000 fusils. En outre, 700 soldats espagnols sont faits prisonniers. Il s'agit aussi de la première défaite d'une puissance coloniale européenne, disposant d'une armée moderne et bien équipée devant des résistants sans ressources, sans organisation, sans logistique ni intendance.

La victoire d'Anoual a eu un immense retentissement non seulement au Maroc mais aussi dans le monde entier. Elle a eu d'immenses conséquences psychologiques et politiques, puisqu'elle allait prouver qu'avec des effectifs réduits, un armement léger, mais aussi une importante mobilité, il était possible de vaincre des armées classiques.

En 1924, l'Espagne retire ses troupes dans ses possessions le long de la côte marocaine. La France, qui de toute façon avait des prétentions sur le Rif méridional, se rendit compte que laisser une autre puissance coloniale se faire vaincre en Afrique du Nord par des indigènes créerait un dangereux précédent pour ses propres territoires, et rentre dans le conflit. Tentant de joindre toutes les forces vives marocaines pour constituer le noyau d'un mouvement de libération marocain préalable à un vaste mouvement de décolonisation.

L'entrée de la France en guerre ne se fait pas attendre mais la pression de l'opinion publique aussi bien européenne qu'internationale, subjuguée par cette résistance rifaine, rend la tâche plus ardue et conduit au renvoi du résident général le maréchal Hubert Lyautey.

A partir de 1925, Abdelkerim combat les forces françaises dirigées par Philippe Pétain à la tête de 200 000 hommes et une armée espagnole commandée personnellement par Miguel Primo de Rivera, soit au total de 450.000 soldats, commença des opérations contre le Rif. Le combat intense dura une année, mais par la suite les armées françaises et espagnoles combinées - utilisant, entre autres armes, l'ypérite - furent victorieuses des forces d'Abdelkrim.
Après la menace de génocide, Abdelkrim se rend comme prisonnier de guerre, demandant à ce que les civils soient épargnés. Il n'en sera rien, les puissances coloniales ne peuvent tolérer qu'un tel soulèvement reste impuni.

Ainsi dès 1926, des avions munis de gaz moutarde bombarderont des villages entiers faisant des marocains du Rifs les premiers civils gazés massivement dans l'Histoire, à côté des Kurdes irakiens gazés par les Britanniques. On estime à plus de 150 000 le nombre de morts civils durant les années 1925-26, mais aucun chiffre crédible ne peut être avancé. En 1926, Abdelkrim est exilé à la Réunion, où on l'installe d'abord jusqu'en 1929 au Château Morange, dans les hauteurs de Saint-Denis. Quelques années passent. Ildevient habitant de la commune rurale de Trois-Bassins, dans l'ouest de l'île, où il achète des terres et construit une belle propriété. Il y vit douze à quinze ans. En mai 1947, ayant finalement eu l'autorisation de s'installer dans le Sud de la France , il embarque à bord d'un navire des Messageries Maritimes en provenance d'Afrique du Sud et à destination de Marseille avec 52 personnes de son entourage et le cercueil de sa grand-mère, le Katoomba.

Arrivé à Suez où le bateau fait escale, il réussit à s'échapper et passa la fin de sa vie en Égypte, où il présidera le "Comité de libération pour le Maghreb arabe". Il meurt en 1963 au Caire où sa dépouille repose encore.

Chakib El Khayari (président de l'Associationdu Rif des droits de l'Homme):
Il ne s'agit pas d'un retour de la dépouille, mais bien de son transfert. Beaucoup ont avancé la question du refus de l'Etat, mais en fait cela est contraire à la réalité, puisque l'Etat n'a pas refusé l'enterrement de M'hamed El Khattabi en 1968 à Ajdir, son village natal. Bien plus, l'Etat avait pris part aux obsèques à l'époque, ceci d'une part, d'autre part, qu'ont-ils fait ceux qui réclament le transfert de la dépouille de M'hamed El Khattabi qui se trouve enterré au Maroc depuis 38 ans déjà? L'ont-ils visité ne serait-ce qu'une seule fois ? Non, ils ne l'ont pas fait et ne le feront jamais.

Et d'ailleurs, même Abdelkrim a nié sur les colonnes du journal Al Balagh du 14/07/1952 les rumeurs faisant état de son retour au pays : "Ce sont de simples rumeurs et ce n'est pas la peine que je quitte le pays frère d'Egypte qui m'a bien accueilli".

Libération (Casablanca)
11 Février 2007
Février 2007